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Écrit vagabond #1 : Du jardin au Tataki Zomé

 

Du japonais Tataki : marteler et Zomé : teindre; d’où teindre en martelant.

 

—> Cette technique consiste à marteler des feuilles et d’autres éléments végétaux frais pour imprimer un textile grâce aux sucs de la plante. C'est un art ancestral japonais, que j’ai découvert il y a 3 ans m’a plu pour plusieurs raisons…

 

Tout commence par le jardin.

 

Première partie

 

Ici, sur le lieu Pierre Taillée, je développe un jardin conservatoire de plantes sauvages.

 

Pourquoi ? 

 

Revenue il y a quelques années, m’installer dans cette campagne de mon enfance, sauvage et peu habitée, j’ai retrouvé plein de souvenirs tout au long de mon ressourcement. 

 

Depuis toujours, grande amoureuse des plantes et particulièrement celles que les autres ne regardent pas «  dites « mauvaises herbes » », j’ai passé mes vacances d’enfant dans les champs à cueillir des fleurs, faire des bouquets et les faire sécher au soleil.

 

Je les ai toujours trouvées attachantes, désuètes et belles par leur simplicité. Très vite, J’ai deviné qu’elles avaient une grande utilité, et cela en temps que plantes « compagnes » entre elles et pour nous, et qu’elles étaient mise de côté à tort. 

 

J’ai toujours eu un jardin que ce soit en ville ou en village… avec des vivaces d’ornements, des fleurs et des fruits (je rêvais d’un jardin anglais). Et en déménageant dans cette campagne, j’ai vite compris que dans cette nature si belle naturellement et si riche, je ne serai pas maitre mais observatrice et élève.

 

Alors, après avoir fait de nombreux plans pour structurer mon jardin, des stages passionnants de botanique et de reconnaissance et un séjour au magnifique conservatoire ethnobotanique de Salagon (http://www.musee-de-salagon.com/accueil.html) je me suis lancée. 

 

Pour tout vous dire, rien de ce que j’avais prévu ne s’est déroulé…

 

J’ai regardé où poussaient les herbes, commencé à tracer les massifs, enlevé certaines herbes très envahissantes comme « le chiendent et la renoncule rampante ».

Ensuite j'ai envisagé de déplacer celles que je voulais conserver…

 

Mais...

 

L’idée de plates bandes définies avec les plantes par thème et à certains endroits ne me semblait plus du tout adaptée, pourquoi arracher une plante pour la regrouper ailleurs ? Alors qu’elle pousse si bien là ou elle est… Pourquoi la déloger ?

Pourquoi avoir une intervention humaine raisonnée et arbitrée alors que la nature sait exactement ce qu’elle doit faire ?

 

Il a fallu que je lâche prise, littéralement. 

Mais finalement cela s’est révélé plus simple que je ne l’imaginais… Il suffisait juste observer et conserver, en l’état…

 

La structure de base du jardin est dessinée sous forme d’une double croix, les massifs sont crées, mais les plantes importantes pour moi sont laissées en place et étiquetées.

 

Cette méthode s’est révélée plus respectueuse, mais aussi plus compliquée dans mon installation, car, de fait les chemins se sont mis à sinuer, et les vagabondages à s’installer, pour divertir ou pour concentrer, au choix du promeneur.

 

L’étape suivante, et non des moindres est l’identification et l’étiquetage… je ne parle pas de la tonte qui devient parcours du combattant pour mon époux qui en a la charge. 

 

Là aussi cette construction du jardin dans le respect de la pousse spontanée m’a amenée une autre réflexion…

 

Pourquoi vouloir tondre de façon régulière et avec un tracteur sur tout le terrain ?

 

Je me suis donc mise en quête d’une tondeuse à main, sans fil et sans moteur, écologique, pratique et non bruyante et pris la décision de garder une grande partie de la prairie en "jardin sauvage", avec une domestication mesurée.

 

Ensuite, j’ai eu envie de réaliser un inventaire de ces plantes, dans le souhait de garder une trace, de les montrer au public visiteur du jardin et de garder un souvenir pour moi. 

 

Là encore je me suis posée la question d’une trace fixe ou d’une trace éphémère ?

 

Que doit on vivre ? L’instant présent ou la durée. 

 

Comment retranscrire cette flore présente pour qu’elle soit à nouveau respectée, en réaliser un inventaire vivant lui aussi et beau à regarder ?

 

C’est alors que :

 

Deux techniques se sont imposées à moi : la Broderie et le Tatakizomé.

 

La broderie, tout d’abord puisque c’est une technique que je pratique depuis l’enfance. Mais je la voulais sobre, simplement d’illustration… après avoir fait des essais avec des fils de couleur, des rubans, des perles pour représenter le relief et les matières, j’ai finalement choisi le fil de couture noir. Celui ci, si suffisant à lui-même : fin, discret, comme un trait de crayon, poétique…

 

Et un jour, 

- la rencontre avec le Tatakizomé.

 

Seconde partie

 

Cette technique m’a enchantée, son côté magique, incertain, irrégulier, la rencontre entre la plante, le tissu et moi-même.

 

Toute une aventure que je découvre au quotidien, au rythme des saisons, dès que le temps le permet et que les végétaux sont suffisamment poussés. 

 

Chaque jour, je mordance des tissus pour en avoir à l’avance…

 

Les mordants varient en fonction de mes envies et de mes expériences…

 

Les tissus sont toujours des cotons, du lin ou du chanvre. 

 

Fibre végétale sur fibre végétale, cette technique me fascine, je ne sais jamais ce que la plante va me donner, ce qu’elle va accepter de traduire. 

J’utilise des draps anciens, car j’aime leur toucher, leur texture et la trame régulière, serrée mais pas trop en relief. 

 

Ce choix est aussi une façon de garder en mémoire un tissu ayant déjà servi et de lui donner une deuxième vie dans l’histoire.

 

Je ne sais jamais à l’avance quelle plante je vais cueillir, cela commence toujours par un vagabondage dans le jardin ou sur les chemins qui m’entourent.

 

Pour moi, le martelage a quelque chose de « méditatif », c’est une expérience intérieure et extérieure, je frappe et j’observe… je prends le temps de respirer, de profiter des parfums et des essences de certains végétaux.

 

Et comme par magie, la silhouette apparait sur le tissu, les détails petit à petit, comme une photographie.

La forme, la trace, la trame, tout se mélange, il suffit de regarder les squelettes des feuilles martelées pour découvrir la trame du tissu imprimée au travers… Chaque feuille donne des sucs différents, suivant l’heure de la cueillette, le temps et le stade de développement de la plante.

Les empreintes varient suivant les mordants, les fixateurs et les tissus.

 

Elles s’oxydent avec la lumière et leur qualité s’altère parfois, elles se transforment et peuvent disparaitre et presque devenir aquarelle. C’est aussi ce qui m’attire dans ce travail, quelque chose d’incertain et de non maitrisable, quelque chose d’éphémère.

 

J’essaie, toujours dans un souhait de garder une trace en état, de doubler mes planches imprimées, mais je sais que cet inventaire ne m’appartient pas…

 

Merci à vous d'avoir pris le temps de lire, j'espère que ces mots vous auront plu, à très vite...

 

 

 

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